Accepted Paper:

Rhétoriques identitaires et violences foncières dans la région de Mopti  

Authors:

Ibrahima Poudiougou (Università di Torino)
Roberto Beneduce (University of Turin)
Michael Rowlands (University College, London)

Paper short abstract:

Ce papier analyse les rhétoriques identitaires des groupes armés djihadistes et milices d'auto-défense et les répertoires qu'ils mobilisent (question foncière, sécurité villageoise, inertie de l'Etat central) dans le conflit au centre du Mali.

Paper long abstract:

La région inondée du delta intérieur du Niger et celle qu'on a pris l'habitude d'appeler « Pays Dogon », en contribuant par là-même à nourrir une identification entre territoire et population, connait depuis 2015 une violence à l'issue incertaine, qui n'était pas à l'ordre du jour lors des Accords d'Alger et qui pose des nouveaux défis au processus de paix.

La violence se manifeste sous différentes formes selon les acteurs qui y sont impliqués. Ce qui est nouveaux, c'est la naissance de milices à caractère « ethnique ». À la suite d'assassinats et d'agressions de paysans et membres de la confrérie des chasseurs dogon (Donson) par des « djihadistes » se réclamant des nomades Peuls, des groupes armés dogon se sont constitués ou reconstitués. Se proposant de défendre leurs communautés contre la violence djihadiste, et lutter pour sauvegarder l'intégrité des frontières nationales, ces derniers utilisent souvent des récits mythiques pour se donner une légitimité et une profondeur historique. À leur tour, les milices Peulhes produisent des récits identitaires justifiant leur révolte contre les notabilités sédentarisées, accusées de contrôler les ressources foncières et d'imposer une dynamique économique qui marginaliserait les pasteurs nomades et d'autres groupes subalternes.

On se propose ici d'analyser l'enjeu à reconnaître dans la toile de fond de ces rhétoriques identitaires, le signifié du discours sur les appartenances ethniques dans le cadre de l'État-nation, et les moyens par lesquels est mobilisée la « mémoire ethnique » des groupes concernés (chansons rituelles, épopées de certains personnages, etc.).

Panel Pol18
The rural frontiers of Jihad: militant careers, political economies and network governance in West and Central Africa