Accepted Paper:

Brouillage perceptif et incertitude. Exemple de construction d'une représentation religieuse comme moyen d'apprivoiser l'incertitude environnementale   

Author:

Baptiste Gille (University of Oxford)

Paper short abstract:

Reposant sur des stimuli perceptifs contradictoires, les agents surnaturels peuvent être pensés comme des représentations permettant d'apprivoiser un environnement hostile, en s'appuyant sur une incompréhension et un trouble perceptif initial.

Paper long abstract:

Il s'agit de montrer en l'exemplifiant que de nombreuses représentations religieuses peuvent être perçues comme des mécanismes d'apprivoisement des incertitudes environnementales. Les sites sacrés, les lieux où vivent les esprits, sont souvent inscrits dans un paysage particulier, parfois singulièrement hostile ou inhabituel. Nous voulons montrer qu'à un niveau individuel ou collectif, les représentations religieuses permettent de créer une certaine relation d'apprivoisement, de compréhension de ce même environnement. Cela à deux niveaux :

(1) d'abord parce que ces représentations religieuses se nourrissent elles-mêmes de l'incertitude dans laquelle ces environnements placent les individus. Il s'agit ici de mettre en lumière les principes d'incertitude cognitives qui régissent l'ostension des agents surnaturels : les agents surnaturels sont souvent perçus dans un environnement naturel ennemi, soit la nuit, dans la forêt, sous la pluie, etc. Ils sont appréhendés via un certain nombre de stimuli perceptifs contradictoires, c'est-à-dire que pour qu'un individu perçoive un être surnaturel, il faut qu'il se trouve préalablement en position d'incertitude sensorielle, qui ne répond pas forcément à sa manière quotidienne d'être-au-monde. Nous présenterons la théorie de la contre-intuition minimale (Boyer 2001) en montrant en quoi l'incertitude dans la relation à l'environnement est un élément crucial de la détection de la présence d'agent surnaturel dans un paysage donné.

(2) Ensuite, à un second niveau, nous proposons l'idée que ces agents surnaturels eux-mêmes, permettent de dominer certaines peurs, de surmonter ces situations d'incertitude, de transformer l'inconnu en connu, ou du moins, de donner les outils pour entrer en interaction avec cet environnement hostile. Imputer la présence d'un dieu ou d'une divinité dans des lieux dangereux, permet par exemple de se donner les moyens d'interagir avec l'environnement comme on interagit avec un agent, de socialiser ce qui apparaît d'abord sans intention, ou avec des intentions hostiles, et donc de créer un véritable processus d'apprivoisement. Il s'agit donc de transformer en quelque sorte - mais cette idée est à creuser davantage - une « incertitude négative » en « incertitude positive » (permettant une certaine maitrise). Ce que nous considérons ici comme un processus d'apprivoisement peut se définir comme une relation de personne à personne, d'agent à agent. Les êtres surnaturels permettent donc d'apprivoiser un environnement incertain : leur présence permet aux individus d'imputer une agentivité à un environnement donné, de s'y sentir mieux. Certaines représentations religieuses peuvent être considérées comme des moyens de dompter, d'apprivoiser un environnement hostile, en le faisant entrer dans des interactions socialisantes.

Panel W099
How to tame, play or skirt environmental uncertainties?